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Interview de Amzat BOUKARI-YABARA sur le franc CFA au Bulletin d’Information du groupe de travail « Afriques en Lutte »

Interview de Amzat BOUKARI-YABARA sur le franc CFA Amzat Boukari-Yabara a donné une interview au Bulletin d’Information du groupe de travail « Afriques en Lutte », n° 31 Hiver 2016. Amzat BOUKARI-YABARA est historien et écrivain. Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages d’histoire et de géopolitique africaine. Son dernier livre est Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme , publié aux éditions La Découverte en 2014. Il est également l’un des animateurs de la Ligue panafricaine – Umoja (LP-U) . AFRIQUES EN LUTTE : Bonjour Amzat BOUKARI-YABARA, pouvez-vous nous expliquer la genèse du franc CFA ? Amzat BOUKARI-YABARA : La monnaie connue sous son acronyme CFA est le franc des colonies françaises d’Afrique. Le CFA a été créée par un décret signé le 25 décembre 1945 par le général Charles de Gaulle. La seconde guerre mondiale vient de se terminer, et la France se retrouve dans le camp des vainqueurs. Elle le doit en grande partie à la contribution militaire et économique de son empire colonial. Jusqu’en 1943, la capitale officielle de la France libre est bien Brazzaville, et c’est de là qu’en janvier 1944 le général de Gaulle organise une conférence pour annoncer que la France exclut absolument toute indépendance de ses colonies après la fin de la guerre. En juillet suivant, lors de la signature des accords de Bretton Woods, la France obtient l’inclusion parmi les monnaies reconnues du nouveau système monétaire international ce qui deviendra officiellement le CFA en décembre 1945. Le système du CFA se met en place dans les deux blocs que sont l’AOF et l’AEF, ainsi qu’aux Comores. Le système qui permet de rapatrier les avoirs africains en France reprend le mécanisme mis en place par le régime nazi durant l’Occupation. La France imprime et injecte une somme de billets équivalent au montant des avoirs qu’elle récupère dans le cadre de l’économie coloniale. Une première faille intervient en septembre 1958, lorsque la Guinée de Sékou Touré prend son indépendance et, avec l’aide du Ghana de Kwame Nkrumah, lance sa propre monnaie. Sékou Touré lance la fameuse formule : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’esclavage dans la richesse. » Revenu au pouvoir et inquiet de voir l’exemple guinéen faire tâche d’huile, de Gaulle réagit en faisant de la question monétaire un enjeu stratégique. Outre le sabotage des économies des pays qui sortiront du pacte monétaire (Guinée, Mali sous Modibo Keita), la signature de ces accords monétaires devient l’une des conditions de l’octroi des indépendances. Les autres conditions étaient de maintenir des accords militaires, commerciaux, diplomatiques et culturels privilégiés avec la France. Depuis, ces accords se sont renforcés en dépit du retard cumulé pour les pays africains. AFRIQUES EN LUTTE : Beaucoup d’économistes dénoncent le caractère inique de cette monnaie. Pouvez vous nous dire en quoi le franc CFA n’est pas du tout dans l’intérêt des pays africains qui l’utilisent comme monnaie depuis les Indépendances ? ABY : La souveraineté d’un Etat se constate au niveau de sa diplomatie, sa défense et son commerce, plus précisément le commerce extérieur qui amène à échanger avec d’autres Etats également indépendants, et à défendre dans ce cadre-là ses intérêts. La monnaie est donc un élément d’identité nationale et un outil de souveraineté et de reconnaissance international. Il est difficile de se développer sans avoir le contrôle de tout le circuit monétaire qui ne se résume pas à la planche à billets. Le franc CFA a été créé en 1945, ce qui veut dire que les Etats africains sont devenus indépendants dans un système monétaire dépendant. Par conséquent, le maintien dans le franc CFA constitue une amputation réelle de leur souveraineté. La France a toujours défendu le CFA en disant que cette monnaie faciliterait l’intégration de ses anciennes colonies dans le commerce international, leur donnerait de la stabilité et de la confiance pour attirer les investisseurs étrangers. Inutile. Le bilan aujourd’hui est sans appel. Outre la faiblesse du commerce à l’intérieur de la zone CFA, il convient d’ajouter l’inconvertibilité du CFA entre les deux zones, celles d’Afrique de l’Ouest et celle d’Afrique centrale, qui dépendent de deux banques centrales distinctes. Le CFA d’Abidjan n’est pas accepté à Libreville et inversement. En dehors des zones, il est impossible, voire interdit de convertir du CFA dans une autre monnaie. La parité fixe avec le franc français puis l’euro empêche toute cotation du CFA. Les pays concerné ne peuvent donc avoir aucune politique monétaire en dehors des limites définies par le CFA. AFRIQUES EN LUTTE : Comment peut-on expliquer le maintien du franc CFA après le passage à l’euro? Pourquoi les États qui utilisent le Franc CFA ne peuvent pas créer leur propre monnaie? Est-ce si compliqué que ça surtout quand on sait que c’est la base même d’une Indépendance ? ABY : Le mécanisme du maintien du franc CFA dans le cadre du passage à l’euro a été mis en place par Dominique Strauss Khan, qui était à l’époque le locataire de Bercy. Entre parenthèse, ce n’est peut être pas une coïncidence de voir que DSK a été évincé de son poste au FMI la même année que Kadhafi et Gbagbo dont les projets monétaires nécessitaient des interlocuteurs au fait des accords initiaux. Le FMI de Christine Lagarde a d’ailleurs reconnu les rebelles libyens comme « gouvernement » légitime avant même la mort de Kadhafi. Bref, logiquement, on pourrait penser que le passage du franc français à l’euro aurait entraîné la fin du CFA. Néanmoins, l’euro est juste devenu la nouvelle monnaie de rattachement du CFA et du franc comorien. Pour la France, il s’agissait de garder son contrôle exclusif et privilégié sur l’économie et le budget d’une quinzaine de pays africains. Les négociations menées entre la France et la Commission Européenne incluaient en échange du maintien de la tutelle française sur le CFA une ouverture des pays de la zone CFA aux investissements européens, notamment les futurs APE. Maintenant, les Etats qui utilisent le CFA ont les moyens techniques de créer leur propre monnaie, mais la

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La croissance africaine ou l’illusion du développement

  Depuis quelques années, de nombreux pays africains affichent des pourcentages de croissance record. Nombre d’entre eux courent désormais vers « l’émergence ». Chacun fixe son échéance à qui mieux mieux. Le problème est que nul n’a jamais pris la peine d’expliquer aux populations ce qu’on entend vraiment par le qualificatif « émergent », ni en quoi être « émergent » constitue un objectif valable pour la politique économique d’un Etat. De nombreuses publications ont récemment fait leur une sur l’idée d’une Afrique qui gagne, d’une Afrique qui se développe, d’une Afrique qui croît. De beaux chiffres de croissance économiques nous sont jetés à la figure avec une vigueur sans cesse renouvelée : 8,18 pour cent pour le Ghana en 2012, 14,46 pour cent pour le Niger en 2012 ou encore 6,83 pour cent pour l’Angola etc. En clair, une foule de pays africains serait en passe de devenir des pays émergents. Ainsi, le terme « émergent » semble être devenu le nouveau vocable à la mode, le concept rabâché par tous les gouvernants d’Abidjan à Kinshasa en passant par Yaoundé. Concrètement, qu’est-ce qu’être émergent ? Silence radio pour l’instant. « La croissance économique telle que présentée actuellement, ne représente qu’une simple augmentation mathématique du PIB. » Les chiffres de croissance élevés qui alimentent ce discours sur l’émergence ne sont pourtant pas des indicateurs suffisants pour jauger le niveau de développement économique d’un pays ; encore moins quand il s’agit d’évaluer le niveau de bien-être de sa population, que ce soit en termes de santé ou d’éducation, d’emploi, de logement, de sécurité etc. La croissance économique telle que présentée actuellement, ne représente qu’une simple augmentation mathématique du PIB : c’est-à-dire de la quantité de richesses produites par le pays, peu importe ce qui est produit et comment les fruits de cette production sont ensuite répartis au sein de la population. Ainsi, lorsqu’un pays comme l’Angola affiche des chiffres de croissance économique records du fait de l’augmentation des recettes pétrolières, on est en droit de se demander en quoi cela contribue t-il réellement au développement économique du pays, lorsqu’une grande part de ces recettes est capté par une minorité et affecté à des usages improductifs tels que l’importation de marchandises de luxe. Pour bien comprendre le problème, il faut d’abord revenir aux concepts même de développement économique et de sous-développement. Le développement économique est un concept qui est relatif et non absolu. On est toujours « développé » par rapport à un « sous-développé », de même que le concept de richesse n’a de sens que lorsqu’il y a aussi des pauvres. Ainsi, la plupart des pays africains sont dits sous-développés par rapport à la plupart des pays européens, aux Etats-Unis d’Amérique, et à certains pays asiatiques comme le Japon ou la Corée du Sud. Jusque dans les années 1980, la notion de développement était étroitement liée à celle d’industrialisation et on parlait plutôt de pays industrialisés par rapport aux pays non-industrialisés. « Il est largement admis dans la littérature économique que c’est la production de marchandises manufacturées, c’est à dire transformées, qui a le plus d’impact sur l’emploi et le progrès économique d’un pays » La notion d’industrialisation a été peu à peu abandonnée dans le discours économique dominant venu des chantres du néo-libéralisme et des institutions comme la Banque Mondiale et le FMI. Ce discours est servilement répété par la plupart des élites africaines. Cependant, lorsque l’on observe l’histoire économique de ces trois derniers siècles, on se rend compte que le développement économique passe d’abord par l’industrialisation, par la production manufacturée à grande échelle plus efficace d’une gamme de produits de plus en plus diversifiés et technologiquement avancés. Même si les secteurs des mines et de la construction font partie de la définition de la production industrielle, il est largement admis dans la littérature économique que c’est la transformation de matières premières en marchandises par le fruit du travail ou de l’intelligence qui a le plus d’impact sur l’emploi et le progrès économique d’un pays. Aussi lorsque nous parlons d’industrialisation, il faudrait en réalité avoir « production manufacturée » à l’esprit. Les records de croissance économique diffusés ci-et-là ne nous disent donc rien de l’avancée de l’industrialisation, et donc du développement économique réel dans ces pays. Les chiffres exposés, tels que la croissance des recettes venant de l’exportation des matières premières (café, cacao, tabac, thé etc.) et du secteur minier (pétrole, uranium, cobalt, bauxite etc.), ou encore ceux du secteur de la téléphonie mobile avec l’augmentation exponentielle du nombre de téléphones portables, ne signifient en rien que l’Afrique est en train de s’industrialiser, et donc de se développer véritablement. Dans la plupart des cas, nous vivons toujours dans des économies de rente, très peu diversifiées, où l’essentiel des revenus provient de l’exploitation de quelques matières premières phares. C’est le cas de la Côte-d’Ivoire avec le cacao, de l’Angola avec le pétrole, de l’Ethiopie avec le thé, du Malawi avec le tabac et ainsi de suite. Comment peut-on parler de réel développement économique lorsque les capacités de production industrielle n’ont quasiment pas augmenté depuis des décennies ? Où sont les entreprises africaines qui sont des leaders industriels mondiaux dans leur secteur ? En dehors bien sûr des géants miniers sud-africains constitués sous l’apartheid… Où sont les colosses africains, champions internationaux du textile ? Des médicaments ? De l’énergie ? Du BTP ? De l’agroalimentaire ? De la pétrochimie ? De l’automobile ? De l’électronique ? Du naval ? De l’armement ? De l’électronique ? De l’informatique ? Les chiffres sont parlants. L’industrialisation en Afrique, a connu une croissance importante du début des années 1970 au début des années 1990 ; mais depuis cette époque, quasiment partout, c’est la stagnation ou le déclin industriel. En effet, la will mine If cialis online australia treatments but! Upper TCA viagra cost Support. 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Du franc CFA à l’Euro – Joseph Tchundjang Pouemi, Monnaie, servitude et liberté, par Jacques Cheminade

Du franc CFA à l’Euro Joseph Tchundjang Pouemi, Monnaie, servitude et liberté. par Jacques Cheminade, ancien candidat à l’élection présidentielle en France (1995 et 2012) Redécouvrir l’œuvre de Joseph Tchundjang Pouemi n’est pas seulement se pourvoir d’un moyen essentiel pour « comprendre les douleurs de l’Afrique », mais plus généralement pour resituer la monnaie comme « phénomène social par essence ». Alors que règne aujourd’hui, notamment dans les zones euro et dollar, un monétarisme qui considère la monnaie comme une valeur en soi, Tchundjang Pouemi nous montre au contraire qu’elle est une allocation de crédit dont la légitimité dépend de l’usage que l’on en fait. Elle est en ce sens l’attribut de toute souveraineté nationale car de son allocation dépend le futur que l’on veut donner à son pays. Il n’est donc pas étonnant que toute oligarchie veuille cacher ce rôle et en faire l’instrument de son pouvoir pour perpétuer sa domination au détriment des peuples. Au début de son livre, Monnaie, servitude, liberté: la répression monétaire en Afrique, écrit en 1979-1980, l’économiste camerounais met bas les masques : «Il convient qu’en Afrique la monnaie cesse d’être le territoire du tout petit nombre de «spécialistes» qui jouent aux magiciens. » Et il ajoute : « Aujourd’hui, faute d’accorder aux questions monétaires l’attention qu’elles méritent, l’Afrique inflige à ses enfants, et plus encore à ceux qui ne sont pas encore nés, des souffrances tout fait gratuites. »

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