Le Mali qui n’avait de cesse d’être pris pour modèle « démocratique » en Occident (et donc suivi dans ces pas par les Africains dits francophones) a connu un évènement plutôt rare dans la vie « démocratique » d’un pays. En effet, le président de la République Amadou Toumani Touré (dit ATT), élu le 08 juin 2002, réélu le 29 avril 2007, est débarqué suite à un putsch le 22 mars 2012, alors même que la Constitution malienne (renforcée par ses propres soins) ne lui permettaient pas de briguer un troisième mandat d’affilée. Le Mali était à ce moment en guerre car une énième rébellion touareg ne cessait d’infliger des pertes lourdes à l’armée malienne au Nord et, visiblement, ATT, ne donnait pas l’impression de vouloir défendre l’intégrité territoriale malienne et de fait, la vie des officiers et hommes de troupe qui étaient au front, complètement démunis. C’est l’argument principal qu’utiliseront les putschistes pour justifier le débarquement de cet ancien officier, considéré par certains comme un des « pères » de la « démocratie » malienne suite au putsch qu’il avait lui-même organisé en 1991 pour renverser le président d’alors, Moussa Traoré, qui avait cru bon de faire tirer sur la foule qui réclamait la Liberté, au moment où la carte du monde changeait considérablement. IBK, ardent défenseur de l’intégrité malienne Le Mali, s’il est immense (plus 1.241.000 Km2) a les paradoxes d’être très peu peuplé (15 millions d’habitants à peine, soit 12,1 hab/Km2) d’abord et ensuite un nombre incroyable de partis politiques (plus de 120, juillet 2009) enregistrés au ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Et, dans ce Maelstrom, un homme a réussi l’exploit de gagner haut la main la récente « élection présidentielle » : Ibrahim Boubacar Keita (IBK). Cet homme de 68 ans, bien connu dans le milieu politique malien s’était distingué il y a quelques années en disant non à la partition du Mali. Sur ce plan, on ne peut pas dire qu’il ait manqué de constance car il fut un des rares à dire avec force qu’ATT ne faisait rien pour préserver l’unicité du Mali. Il faut dire en effet qu’ATT avait comme injecté une drogue euphorisante à la classe politique locale qui présentait un étrange consensus quant à sa gestion des affaires courantes, sauf quand il s’est agi de réformer le Code de la famille et de donner plus de droits aux femmes et épouses. Il faut reconnaître ce mérite à IBK qui, en février 2013 dernier, à l’occasion d’une interview accordée au journal français Le Figaro avait insisté là-dessus : le Mali n’était pas et ne sera pas à diviser. Même sur la question de « l’autonomie », réclamée par certains Touareg. Cependant, cette constance et cette prise de position, qui mérite d’être saluée comme il se doit, car elle est un véritable contre-pied à la balkanisation de notre continent, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt IBK qui, sous d’autres plans, ne doit pas faire illusion aux yeux des Panafricains et autres Panafricanistes.