Jean Ping ou la légèreté pour desservir l’Afrique

Jean Ping a fait une sortie récemment, qui ne cesse de faire couler autant d’encre que de salive. En temps normal, ce ne serait vraiment pas considéré comme un événement pouvant retenir l’attention de la Ligue Panafricaine – UMOJA (LP-UMOJA). Cependant, le fait est que Jean Ping a, durant son parcours, présidé aux destinées de

Jean Ping a fait une sortie récemment, qui ne cesse de faire couler autant d’encre que de salive. En temps normal, ce ne serait vraiment pas considéré comme un événement pouvant retenir l’attention de la Ligue Panafricaine – UMOJA (LP-UMOJA).

Cependant, le fait est que Jean Ping a, durant son parcours, présidé aux destinées de l’Union africaine (UA) en en étant président de sa Commissions (avril 2008-octobre 2012), après avoir été longtemps ministre du Gabon (18 ans durant, de 1990 à 2008). Désireux de rempiler à la tête de la Commission de l’UZA, à la suite d’une bataille épique face à la Sud-Africaine et ancienne ministre, Nkosazana Dlamini Zuma, il sera finalement battu au 4e tour de scrutin.

Bien entendu, connaissant la fringale jamais assez satisfaite de certains hommes politiques pour les plaisirs et autres joies qu’apportent les privilèges du pouvoir politique, très peu pouvaient s’attendre à ce que M. Ping prenne une retraite (il a 72 ans). Monsieur ayant trouvé portes closes du côté du pouvoir politique gabonais, il s’est livré à une sortie qu’aucun de ses prédécesseurs à la tête de l’OUA (Organisation de l’Unité africaine, ancêtre de l’UA) ne nous avait jamais offerte. Le spectacle est tellement terrible, pathétique, ridicule que nous, LP-UMOJA, organisation Panafricaniste ayant à cœur la défense des intérêts de notre continent et de notre peuple, ne pouvons laisser passer cela.

Monsieur Ping en ce début du mois de février a dit exactement ceci: « L’organisation qui a été mise en place, l’Union Africaine, est une organisation qui a à son sommet, les chefs d’État et de gouvernement qui tiennent tous à leur souveraineté. Donc, voilà, d’abord, en termes très simples, décevants pour vous, il n’y a pas encore d’organisation supranationale africaine. (…) Je pense que l’Occident a commis une erreur. Kadhafi a été liquidé, sans jugement. Liquidé. Je vous rappelle que c’est pas mon ami, il me détestait. Ça rappelle les escadrons de la mort. Comment des nations dites civilisées, humanisées, humanistes, peuvent commettre un tel acte. (…) Comment ils vont justifier ça dans l’histoire? Après le Vietnam, après l’Algérie, après l’Afghanistan, après l’Iraq, on continue la même chose. C’est que vous ne voulez pas tirer les leçons de l’histoire. On a attaqué Kadhafi sur la base de trois-cents morts. On a utilisé le principe de la base de protéger (…) Nous sommes aujourd’hui à 130.000 morts en Syrie: pourquoi ils n’interviennent pas? Pourquoi ils n’interviennent pas en Ukraine? »

Il y aurait tant à dire et encore à redire suite à ces propos tout simplement ahurissants.

Pour commencer, au niveau de la LP-UMOJA nous n’apprenons, à vrai dire, rien du tout sur ce qu’est réellement l’UA, son fonctionnement et la vision qu’en ont nos chefs d’État. Il sied de rappeler que dans la Charte même de l’OUA devenue en 1999 UA fait état de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, soit de la Conférence de Berlin. Au-delà de quelques discours, très rarement intéressants, l’OUA/UA n’a pas à vrai dire une politique au service des masses africaines. Que M. Ping dise qu’il n’y a pas vraiment d’organisation supranationale à l’échelle du continent, même les Africains qui ne sont pas Panafricanistes lui répondront,  » Ça, nous le savions déjà! »

Ensuite et en toute logique, nous sommes en droit de demander à Jean Ping, lui qui est au cœur même de la vie de notre continent depuis des décennies:

–       Qu’a-t-il fait pour inverser la tendance?

–       Que nous a-t-il fait croire des années durant (deux fois ministre des Affaires étrangères, représentant du Gabon à l’Unesco, président de l’OPEP en 1993, sans oublier l’UA, etc.) pour nous dire à quel point l’heure était grave et qu’il fallait se retrousser les manches afin que le Panafricanisme dont il ose se réclamer aujourd’hui trouve soit réellement un cheval de bataille pour l’OUA/UA?

Monsieur Ping nous parle en effet du Panafricanisme en regrettant l’absence de leaders, sur notre continent, de la trempe d’un Kwame Nkrumah par exemple. Nous voulons bien essayer de le croire mais nous ne pouvons décemment laisser passer une chose pareille car il faut le dire et le répéter sans cesse, l’époque des Hommes providentiels est révolue. Nous ne sommes plus en ces temps où certains attendaient patiemment, assis sous leur baobab ou au bord du fleuve qu’un démiurge arrive et les guide afin d’aller au combat pour que le continent et son peuple soient de nouveau libres, comme du temps de nos ancêtres, afin les invasions eurasiatiques.

Non, et mille et une fois non.

Nous disons avec force et que ces choses soient bien comprises que l’UA n’a rien à voir avec le Panafricanisme. Aussi, c’est une incongruité que de sa part, d’évoquer « l’échec du Panafricanisme » dans le contexte de l’UA car cette organisation est justement le contraire de ce grande et noble idée que nous devons à des devanciers qui très tôt avaient compris.

Nos devanciers, nos aînés comme les Henry Sylvester Williams, les Marcus Mosiah Aurelius Garvey et Kwame Nkrumah (pour ne citer que ceux-là) ont montré le chemin. Ils ont tracé la voie et c’est tellement limpide, comme lorsque nous observons la voie lactée dans un ciel bien sombre. Il ne tient qu’à nous, si nous nous réclamons véritablement d’eux, de marcher sur leurs pas et de faire que leur rêve, qui est aussi (et encore hélas! Le nôtre) soit réalité.

Nous, militants Panafricanistes ne pensons pas qu’il faille se retrouver écarté de toutes les arcanes du pouvoir politique pour enfin « l’ouvrir » et dire tout le mal que l’on pense d’une organisation et d’un système aux mamelles desquelles on a été nourri des décennies durant, alors que les masses africaines ont cessé depuis belle lurette de croire en ces illusions vendues chaque année lors de toutes les rencontres au sommet de tous types où l’on parle d’eux sans se soucier le moins du monde de leur présent ni de leur devenir.

Nous, militants Panafricanistes, ne pensons pas que l’on puisse se dire Panafricain et prendre délibérément le parti des ennemis de l’Afrique, comme cela a été le cas lors de la crise ivoirienne ces dernières années. Aussi curieux que cela puisse paraître, comment M. Ping peut-il s’en prendre aujourd’hui à ce qu’il appelle « l’Occident » suite à l’assassinat du guide libyen Mouammar al-Kadhafi (2011) alors que la même année, ce même « Occident » se livrait à des bombardements du palais présidentiel ivoirien, sans que lui, M. Ping et les autres dirigeants de notre continent ne lèvent le petit doigt ? M. Ping, qui fait aujourd’hui le médecin après la mort (au sujet de la Libye) et rappelle à la face du monde entier les méfaits de l’Occident en Asie fait une impasse incroyable sur tout ce que notre continent et notre peuple subit, du fait de ce même « Occident » et va même jusqu’à nous parler de l’Ukraine.

Si M. Ping avait réussi à sauver son fauteuil cossu et doré de président de la Commission de l’UA, nous gageons que jamais il n’aurait fait une sortie comme celle-ci qui lui permet d’être sous les feux des projecteurs.

Le Panafricanisme, est un combat de tous les instants, tant que la reconquête de la Liberté pour les masses africaines ne sera pas atteinte.

Le Panafricanisme ne doit pas démarrer à 70 ans passés quand, pas assez repu des ors et autres palaces de nos Républiques, au frais du contribuable africain, se retrouvant au milieu de nulle part, on estime qu’il est temps d’en parler, après avoir été silencieux à ce sujet toute sa vie. Mais pour cela, il faut en avoir conscience.

Une question nous brûle les lèvres et nous ne ferons pas l’économie de ne pas la poser à M. Ping. Quand il dit « Vous voulez pas retenir les leçons de l’histoire », en rapport à la barbarie pratiquée par l’Occident à travers le monde, que lui dénonce aujourd’hui, après avoir observé un silence assourdissant toute sa vie, à ce sujet: à qui s’adresse-t-il?

Obambe GAKOSSO, pour la Ligue Panafricaine – UMOJA

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