Quand l’Afrique claquera la porte à l’Europe

   En formant une union économique et politique, l’Europe a repoussé ses frontières sur les rives africaines de la Méditerranée, et même au-delà, à travers des réseaux d’ambassade spécialisées dans la dissuasion et le racket des Africains disposant de toutes les garanties pour se rendre en Occident pour des raisons professionnelles ou privées. Le soutien

 

Frontière Europe

 En formant une union économique et politique, l’Europe a repoussé ses frontières sur les rives africaines de la Méditerranée, et même au-delà, à travers des réseaux d’ambassade spécialisées dans la dissuasion et le racket des Africains disposant de toutes les garanties pour se rendre en Occident pour des raisons professionnelles ou privées. Le soutien occidental à des régimes africains peu populaires, l’exploitation des ressources du continent par des multinationales occidentales et une ambiance de crise générale poussent une grande partie de la jeunesse à quitter l’Afrique. Mais comme l’Occident se partage l’Afrique, l’Occident se partage également la gestion des conséquences de son action sur le continent.

Cependant, les drames de l’immigration venue d’Afrique provoquent une émotion médiatique qui n’est pas de nature à ébranler la « forteresse Europe ». Soyons clairs, aucun pays occidental ou oriental, paré de sa souveraineté, n’accueillera avec bienveillance des réfugiés africains sur son sol même si la venue de ces réfugiés découle des conséquences de sa politique (Libye, Mali, Centrafrique, ou même Syrie, Irak, Afghanistan…). Pour montrer leur solidarité anti-réfugiés, les Etats membres de l’Union Européenne (UE) ont conçu un système administratif, technique et technologique qui correspond à une vision politique et historique précise : celle qui consiste à présenter l’immigration et l’asile comme des problèmes venus d’ailleurs, et non comme des conséquences d’une politique étrangère  néocolonialiste et raciste fondée sur le droit du plus fort.

L’espace Schenghen, qui autorise la libre-circulation à l’intérieur des pays signataires, est ainsi protégé à l’entrée par une agence de contrôle aux frontières (FRONTEX). Nombreux sont     ceux qui dénoncent à l’inverse les frontières-passoires, les conditions inhumaines de rétention et les limites d’un système dont ils ne souhaitent pas l’amélioration mais l’abolition pur    e et simple pour que chaque Etat récupère la gestion de ses flux migratoires (vision souverainiste lepéno-gaulliste) ou mette en place une libre circulation totale (vision mitterrando-ga    uchiste). Aujourd’hui, le règlement de Dublin détermine l’Etat dans lequel le migrant doit faire sa demande d’asile, un Etat qui ne correspond pas nécessairement à celui où il envisageait de s’établir.

Ainsi, les difficultés à harmoniser le droit d’asile à l’échelle européenne, le manque de moyens, les intérêts politiques et économiques sont parmi les raisons qui ont conduit l’Europe à déléguer aux pays nord-africains la gestion des frontières extérieures de l’Europe. En réalité, le Sahara est une première frontière naturelle, les pays d’Afrique du Nord sont une seconde barrière, la Méditerranée en est une troisième, et les côtes du sud de l’Europe constituent le dernier verrou. A chaque étape, des dispositifs militaires et une technologie de pointe sont déployés pour appréhender les plus téméraires qui auraient réussi à déjouer les pièges. Ces politiques fondées sur une vision à court terme ne peuvent plus fonctionner.

Dans les faits, chaque Etat européen reste maître de ses flux migratoires dans le sens où il est libre de régulariser ou d’expulser les migrants, de leur ouvrir ou leur fermer son marché du travail. La compétence européenne, pour le moment, ne s’applique que dans le cadre de la répression des migrants qui font l’objet d’une guerre qui ne dit pas son nom. Des subventions et des budgets sont votés pour lutter militairement contre l’immigration et pour expulser administrativement les migrants. Pire, et c’est là que les panafricanistes doivent contre-attaquer, des médias s’amusent à présenter constamment l’immigration africaine comme une menace ou un danger pour les Français, mais ils se taisent sur la menace ou le danger pour les Africains de la présence française en Afrique. Or nous savons que l’Europe ne tiendra debout que tant qu’elle gardera ouverte sa porte sur l’Afrique. Quand les Africains lui claqueront la porte au nez, elle s’écroulera comme un château de cartes. Il y a bien évidemment un tour de passe-passe dans l’actualité, mais l’histoire n’a pas dit son dernier mot.

Par Amzat BOUKARI-YABARA

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