Panafrikan Magazine #22 : L’Expérience Révolutionnaire

Panafrikan Magazine #22 : L’Expérience Révolutionnaire

Editorial #22 Fin du Franc CFA ou « remake » du « discours de Brazzaville », mal ficelé Le 21 décembre 2019, la Françafrique sans sourciller sur les moyens, réunie à Abidjan en grande pompe sous la houlette de son commandant en chef incontesté, Emmanuel Macron, vient de nous faire une nouvelle version du «

Editorial #22

Fin du Franc CFA ou « remake » du « discours de Brazzaville », mal ficelé


Le 21 décembre 2019, la Françafrique sans sourciller sur les moyens, réunie à Abidjan en grande pompe sous la houlette de son commandant en chef incontesté, Emmanuel Macron, vient de nous faire une nouvelle version du « discours de Brazzaville » du 24 août 1958 tenu par son fondateur, le général de Gaulle.

Présenté comme une volonté du général de Gaulle d’en finir avec la colonisation, le discours de Brazzaville fut en réalité l’acte de naissance de la Françafrique et un véritable pari géopolitique de la France visant, d’une part, à faire échec à la volonté clairement exprimée de la quasi-totalité des dirigeants africains issus de la loi cadre d’exercer souverainement leur pouvoir, et de l’autre, à casser la dynamique unitariste du Parti du Rassemblement Africain (PRA), réuni un mois plus tôt, en juillet 1958 à Cotonou, réclamant très clairement l’indépendance immédiate et s’opposant à l’éclatement des blocs AOF et AEF.

En s’appuyant sur cet extrait du discours de Macron, qualifiant la colonisation comme ayant été «une erreur profonde, une faute de la République », les médias mainstream s’emploient à présenter le discours d’Abidjan comme une volonté d’en finir avec la Françafrique, comme ce fut le cas du général de Gaulle, à propos de la colonisation.

En passant de l’Union française à la naissance de la Communauté française, en 1958, les États africains deviennent autonomes sur les affaires internes, mais restent dépendants de la France pour la monnaie, les relations internationales et la Défense.

Dans le discours d’Abidjan, en dépit des jongleries stylistiques aux accents anticolonialistes, la réalité est que le changement de nom et la fin « obligatoire » des dépôts des avoirs sont tout de même contrebalancés par le maintien de la parité fixe avec l’Euro et le maintien de la garantie française sur la vraie/fausse nouvelle monnaie sans que les peuples africains s’expriment clairement sur ces choix.

Fait significatif et commun aux deux discours : autant le discours de Brazzaville avait cassé la dynamique unitariste du PRA exprimée en février 1958 à Paris et en juillet 1958 à Cotonou, autant le discours d’Abidjan fait une sorte « d’OPA hostile » à une initiative monétaire africaine et autonome, en l’occurrence l’Eco, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), regroupant 15 États, plus que les 8 États de la zone CFA, qui pourraient passer sous l’éteignoir français grâce à la garantie française et à l’arrimage de l’Eco à l’Euro.

Ce remake du discours de Brazzaville mal ficelé, tenu à Abidjan avec la complicité du régime ivoirien, chef de file de la bourgeoisie compradore, en dit long sur la nature des États africains néocoloniaux de la zone CFA. Formellement indépendants et prompts à tenir des discours pompeusement nationalistes, ils sont entièrement dominés par le tuteur colonial.

Investis d’une puissante tendance au mimétisme, les États africains néocoloniaux, forts avec les faibles et faibles avec les forts, assistent sans défense au pillage de leurs ressources stratégiques et au bradage de leur souveraineté.
Face à cette broyeuse des imaginaires, des libertés, des droits sociaux et économiques des peuples africains, il convient de lui opposer une résistance et une auto-interprétation alternative.

Le Panafricanisme est le cadre idéologique, en ce qui nous concerne, qui offre la possibilité d’auto-interprétation alternative, à savoir : « connaître l’ancien, pour servir le nouveau », comme dit le proverbe. Il aide à mettre en lumière certaines matrices politiques, culturelles et historiques africaines d’où sortiront demain des façons de vivre et des intelligences de destin. Ce numéro 22 de votre magazine Panafrikan, par la richesse des thématiques traitées, contribue à l’entreprise de résistance des masses et de la construction des consciences alternatives et insoumises.
On y trouve, entre autres, un regard croisé entre la révolution Sankariste et l’expérience du mouvement révolutionnaire congolais « M22 », un beau partage d’expérience sur l’année du retour au Ghana, encore un texte fort instructif sur le scandale du chlordécone dans la Caraïbe, cette dramatique histoire d’un empoisonnement consenti. Ce numéro nous gratifie aussi d’un texte qui pose la problématique de la participation et du consentement des peuples dans les Traités intra-africains comme celui de la Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECAF).
Par la transversalité des sujets traités, nous appelons la jeunesse africaine à s’armer de connaissance, « jusqu’aux dents », comme aurait dit, Cheikh Anta Diop. Le désir du tout autre, la volonté d’être soi, nourrissent l’espoir et les victoires futures!

Henda Diogène Senny
Président de la Ligue Panafricaine – UMOJA


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